Je suis né ici, sur ce bord de Méditerranée, dans ce paradis ensoleillé. Palestine, Palestine ! C'est ici que mon père, mon grand père et tous ceux d'avant sont enterrés dans la chair de ta terre, Palestine. C'est dans la maison en ruine, là-bas, au milieu du champ d'oliviers, c'est là que nous avons chanté, rit, dansé, vibré même, comme les cordes de cette guitare manouche. Pincés au coeur, cueillis comme des fleurs, c'est là que nous avons pleuré, aussi, pleuré ... Difficile d'expliquer pourquoi on est attachés à un endroit, jusqu'à ce qu'une armée débarque chez toi. Au début, ils ont tiré en l'air ... Ca faisait du bruit, c'était gentil, et puis après ... Ils ont tué mon père, et puis mon oncle, et puis mon frêre, ont fait brûler la maison, détruit jardins & plantations, pour y installer leurs colons ! Nous, femmes et enfants déportés jusqu'à ce camp de réfugiés, sale, froid, on y était entassés. Seul, au loin le son de cette guitare Tzigane me donnait encore la force de résister, la force ... De respirer. Mélodie des gens du voyage, musique des déracinés, elle m'a fait oublier le mal. J'avais 10 ans, ça fait 12 ans, et me voilà maintenant une bombe scotchée sur le bidon, aspiré dans ce grand siphon ! Liberté pour Toi, Palestine ! Je vais vous faire danser joyeux colons, sur le son de mon canon ! Aujourd'hui je suis le chef d'orchestre, réglant ma note sur celle du temps ! Ce temps gitan sur lequel je virevolte encore en joyeux papillon ... J'ARRIVE ! J'ARRIVE FRISSONNANT DESTIN ! Tel un coup de cymbale ponctuant les violons ! PALESTINE ! Tu me vois descendre de cet autocar au milieu de tous ces regards ? Il y a mon coeur, il y a la peur, il y a ce son de guitare ! Anonymes passants, je souris à l'enfant et puis au milieu de la rue, je te vois belle inconnue ... C'est toi, je t'ai choisis ! Vais-je te prendre par la taille et faire danser nos entrailles ? J'entends d'ici les cris d'effroi déchirer le silence, provoqué par ce doigt ... Il y a mon souffle qui s'accélère, manque d'oxygène ... Ton regard qui me fixe, tu comprends ... Ton sac qui tombe, la pomme qui roule ... Reculer ? Il est trop tard petite. Il y a mon doigt qui se crispe ...
Puisqu'on ne peut vivre tous les deux, crevons ensembles, Palestine !
Dieudonné M'Bala M'Bala - J'ai Fait l'Con